Cause toujours

Le 17 juin dernier était organisée, au parc de Saint Cloud, et semble-t-il à Lyon aussi en même temps, la « Course des Héros », dont le slogan officiel est : « Faites grandir une cause à grands pas. » Des circonstances familiales sans intérêt ici ont fait que je me suis retrouvé, un peu par surprise, plongé au sein de cet « événement ». Il m’a semblé assez typique de notre société pour mériter quelques lignes et quelques minutes de votre temps. Mais je suis sûr que vous êtes vous-mêmes témoins de telles « choses ».

Imaginez d’abord l’ambiance. Grand bain de boboïtude. Prairie du Parc, garnie de dizaines de tentes identiques (égalité, égalité), peut-être une centaine, hébergeant chacune qui une association, qui une entreprise branchée ayant dépêché quelques collaborateurs. Toutes ces structures avaient mobilisé leurs troupes, souvent vêtues du t-shirt fluo de rigueur, ce qui augmentait fort le sentiment égalitaire. Peut-être 2.000 personnes s’agitant et s’auto-congratulant d’être là, venues soutenir leur chère cause.

Ah ! d’ailleurs, au coin de l’allée centrale, devinez quelle « chose » se montrait avec vaillance ? SOS Méditerranée, nullement interpellée par les événements ayant mis leur Aquarius dans les vagues et sur les unes quelques jours avant… Personne pour les huer.

Partie de Paris plutôt huppée et bien boboïsée, le parc est une zone prisée par les joggers. Donc ils sont venus pour jogger, en grand nombre. Bon, sont-ils venus pour soutenir les « causes », aller, on le suppose.

Mais pendant un moment, j’ai cru qu’il été venus prendre leur dose de gym tonic à la sauce Véronique et Davina en direct. Jugez plutôt à l’image… C’est joli toute cette uniformité dans l’indifférence, euhh non, mince, dans la tolérance…

Collectivisme

Orgie de sport collectif aux ordres de la vedette de circonstance.

Cours, en Forrest

Mais revenons sur le fond, sur la logique même de l’événement. Il y a un premier niveau qui tient à la course. S’il on peut clairement imaginer positif que des gens par centaines se mobilisent pour des associations d’apparence caritative, et libre à eux de le faire, j’ai par contre toujours eu du mal à comprendre pourquoi il fallait que ce soit sur le prétexte de la course à pied, ou du sport. Oh je ne crois pas être totalement naïf, il est évident que cela permet d’avoir de belles images à montrer, avec de nombreuses personnes gentilles et généreuses, sportives et dynamiques, ce qui passe mieux à la télé et dans les journaux.

Mais dans la réalité, je serais curieux de savoir combien viennent vraiment par générosité, ou plutôt juste pour faire leur sport habituel, mais avec une surdose de bonne conscience par dessus. Ou pour se montrer, pouvoir en parler lundi avec les collègues. Car enfin, si les causes sont vraiment la motivation première d’un tel événement, pourquoi tout uniformiser à ce point ? Est-ce à dire qu’elles se valent finalement toutes ? Nous étions venus pour une en particulier. Ce spectacle banalisé fut donc très décevant.

Elle fume pas mais elle cause

Second niveau de mobilisation : quelles causes ? Le site de la Course prévoit 7 familles de causes : « Cancer / Santé », « Maladies Rares », « Handicap », « Solidarité & Social », « Enfance », « Animation des patients » et « Autres causes ». Quand on va sur la page « Solidarité, » on trouve un total de 69 logos d’entités inscrites. Il y en a 31 pour le Handicap et 37 pour les Maladies rares, à titre de comparaison, c’est-à-dire moins en cumul que pour le seul « Social. »

Ce n’est en rien scientifique, mais il me semble que c’est assez cohérent avec ce qu’on perçoit au quotidien. On est en France-phare-du-monde bien plus « actif » (terme volontairement vague, je le concède) quand il s’agit du « social », de SOS-mais-dis-t’as-ramé, que de causes où la logique initiale, largement discutable, de ces événements sportifs prend un sens, telle la maladie.

Je rappelle que l’histoire de ce lien créé entre les « causes » et le sport remonte à plus de 30 ans, au début du Téléthon, qui a parié, avec raison quant au financement, sur la mobilisation des sportifs en clin d’œil de soutien humaniste aux handicapés ou victimes de maladies rares et handicapantes. Il est assez lamentable que ce lien ait depuis été récupéré, par exemple par « Solidarités Nouvelles Face au Chômage, » pour laquelle mon esprit cartésien perd un peu pied quant à sa sportivitude – mais c’est vrai que je n’ai jamais été un grand sportif, ça doit être pour ça.

Je vous garde le meilleur pour la fin. Outre une photo d’actives rondeurs œuvrant pour les victimes du (vraiment) horrible syndrome de Rett, dont on voit que le message envers cette maladie est la première préoccupation, le speaker de l’événement n’a pas manqué de nous rappeler le slogan spécifique de cet événement magnifique, où le mot « devoir » résume à lui seul toute la philosophie :

« La fierté du devoir du cœur. »

Rett

C’est la fête chez les syndrome de Rett.

Microcosme auto-satisfait

In fine, je me disais qu’en matière de promotion, puisque fondamentalement c’est de cela qu’il s’agit, il y a clairement un organisme qui se détache, qui sort du lot et dont on se souviendra, moi du moins : les organisateurs, Alvarum.

Belle programmation dans les faits, site web propre et fonctionnel, business model économique simple mais manifestement efficace, beau discours de mise au service du plus grand nombre possible d’associations, présence visuelle, ils ont assuré.

Plus malin encore, ils se sont fait voir de la Mairie de Paris, celle de Lyon, du 92 et des communes riches de l’ouest parisien : il est évident que ces machins avides de montrer au peuple leur grand cœur et bien-pensance penseront à ces habiles communicants.

Quant aux associations œuvrant pour leurs malades ? J’en connais une qui était petite et qui est resté petite…

 

Euclide