Démocratie selon Philippe Lamberts

Philippe Lamberts est un eurodéputé belge francophone se présentant comme vert qui s’est fait remarqué récemment en interpellant Emmanuel Macron face à ses pairs à Bruxelles, avec un discours blablatesque typique d’un politocard comme il y en a hélas beaucoup trop.

Nous avons la chance, que dis-je le privilège – cet objet ultime du désir de tout politicien – le privilège, disais-je, d’avoir détourné copie de planches d’une présentation faite par cet illustre sire, et je me propose de vous les exposer ci-après, avec mes commentaires en mode vert acidulé.

Oh, je tiens à vous rassurer, je veillerai à ne pas vous exposer à l’ensemble en une fois, la dose pourrait être trop forte et vos neurones pétris de bon sens pourraient virer au rouge, voire au vert. Je vais plutôt faire cela en plusieurs billets, pour mieux vous tenir en haleine, devant tant de beauté intellectuelle et de hauteur de vue – enfin, non, c’est juste « auteur de vue », dans son cas.

Démocratie ?

Notre orateur, habile, plante tout d’abord le décor, il cherche à tout de suite marquer nos esprits. Alors il tape fort : il nous propose rien de moins que de nous définir la démocratie. Enfin, non, il se doute qu’on a déjà une vague idée, alors il met une belle image et y adjoint une définition affective, qui marque le cœur, qui fasse bien verte. Regardez, voyez, rêvez :

Démocratie

Sa définition de la démocratie, qui est celle d’Abraham Lincoln, premier président républicain de l’histoire.

Je me suis amusé à chercher la définition de cette chère démocratie, que je ne porte guère en mon cœur, pour ma part, mais il est vrai que mon cœur à moi n’est pas vert, il est juste ouvert. Il en ressort que nos références encyclopédiques et autres dictionnaires sont loin d’être d’accord :

  • Google : Forme de gouvernement dans laquelle la souveraineté appartient au peuple ; État ainsi gouverné.
  • Wikipedia : Un régime politique dans lequel les citoyens ont le pouvoir.
  • Larousse : Système politique, forme de gouvernement dans lequel la souveraineté émane du peuple.
  • Universalis : La démocratie est une forme d’organisation politique traditionnellement définie, selon la formule d’Abraham Lincoln, comme le « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ».

Gouvernement, souveraineté, pouvoir, peuple, citoyens, quel mélange de concepts chacun flou en soi ! Ce manque de cohésion et de convergence est en soi un indice de l’illusoire de la démocratie, qui ainsi définie n’est finalement qu’un mot creux. Avec ces définitions, la Corée du Nord tout comme le Venezuela doivent pouvoir justifier d’être des démocraties. Je pense que c’est voulu. Mais il détaille plus loin, j’aurai donc l’occasion de revenir de diverses façons sur la démocratie.

Mais revenons à notre cher Philippe, pour sourire au fait qu’un vert aille chercher la définition d’un « républicain », supposé plus à droite. Et il faut se souvenir que Lincoln est celui qui détruisit l’histoire d’autonomie des états américains, qui marqua le virage à la prédominance de l’état fédéral, alors que Lamberts se dit dans la video qu’il est plutôt régionaliste.

Par le peuple ?

Planche suivante, évidemment avec un style dit « inclusif », il faut bien puisque il s’agit d’évoquer le « peuple », notre « ami » entend entrer dans le concret de la démocratie en abordant la première partie de sa superbe définition, le « par le peuple », surtout à ne pas confondre avec la part de celui-ci.

Peuple

En mode « inclusif », comment faire passer l’idée fausse du besoin de politiciens.

Son premier point est pertinent. C’est bien joli de décréter que le peuple « gouverne », mais quand on est plus que quelques uns, il est vite impossible de demander la permission ou l’avis de tout le monde pour aller pisser ou pour s’acheter une pizza.

Mais c’est aussi celui où le politicien, lui comme tous les autres, fait son pire tour de passe-passe. Le politicien en déduit le besoin de déléguer à un représentant, c’est-à-dire à lui-même, mais il oublie de poser une question préalable pourtant essentielle : déléguer, pourquoi pas, mais pour décider de quoi, s’il vous plaît ?

Ni vu, ni connu, tel le prestidigitateur qui attire notre attention à droite pendant qu’il fait son tour à gauche, il nous vend la politique sans nous avoir parlé de son besoin, de son objet. Et pourtant, il est loin d’être aussi évident qu’il y paraît, ce besoin.

Considérez plutôt. Que faites-vous au quotidien pour faire avancer vos projets ? Tant que vous êtes autonome, tout va bien. Mais parfois, un obstacle vous conduit à dépendre d’autrui. Vous allez alors discuter, négocier, avec ce voisin ou autre, peut-être l’embarquer dans votre projet et alors ensemble vous allez jusqu’à créer une entreprise ou association. Nombreuses sont les options. L’ensemble de la société s’organise spontanément ainsi. Mais avez-vous besoin d’un politicien ? Jamais.

Si vous pensez que, si en fait, il vous arrive souvent d’avoir besoin du politicien, c’est que vous avez probablement raisonné comme suit : face à un obstacle, plutôt que d’aller négocier avec le voisin, vous tenter de lui forcer la main. Grâce au politicien. C’est courant comme raisonnement, mais immoral. C’est aussi celui qui est responsable de notre déchéance actuelle.

Pour revenir à l’image, on comprend que ce n’est pas tant le « par » le peuple qui fait question, mais la notion même de « gouvernement ». Oh, je sais bien que beaucoup m’opposeront l’intérêt général ou ses variantes, sous divers prétextes qui le plus souvent supposent qu’il y aurait des sujets où la décision ne peut être que collective. Pas d’accord, l’intérêt est particulier, ou pas.

Et pour être concret, on va voir avec la planche suivante comment se déroule ce genre de logique sur le cas particulier choisi par notre « ami ».

Pour le peuple ?

Et donc, parmi la foule de sujets qu’on pourrait imaginer pour illustrer comment ces chers (très chers) politiciens « gouvernent » « pour » nous, nous le peuple, notre « ami » n’a choisi que les revenus, certes avec un joli graphique. (Il faut que je trouve un meilleur terme que « ami » pour le sieur Lamberts, « amibe » me semble bien mieux, ça fait ami+belge et surtout ça fait plus nature et naturel dans son cas.)

Gouvernement

« Evolution des revenus réels des ménages de 1985 à 2012? dans 17 pays de l’OCDE ».

Donc notre « amibe » nous montre des courbes de revenus, où comme par hasard on voit que les 10% de riches sont les 10% de revenus les plus hauts et les 10% de pauvres sont les 10% les plus pauvres. Extraordinaire, vraiment. Notons bien que ces courbes ne veulent en aucun cas dire que toutes les mêmes personnes restent pendant toutes ces années sur la même courbe. Et en effet, nous connaissons tous des gens qui ont été riches et ne le sont plus, ou d’autres qui étaient pauvres ou modestes et se sont enrichis. Ces courbes ne veulent donc rien dire, à part qu’on peut toujours trouver 10% de riches et 10% de pauvres.

De plus, ce graphique, en essayant de mettre les pauvres et les riches dans des catégories séparées pour essayer de dire au lecteur que les riches gagnent beaucoup et que les pauvres beaucoup moins, montre en plus que les pauvres deviennent de moins en moins pauvre, même si les riches s’enrichissent… ce qui en fait démontre le contraire de ce que veut nous dire notre « amibe ».

On suppose – et on le verra aux prochaines planches – qu’il explique à ce moment-là de son discours que vraiment tout ça n’est pas bien, que la Planète ne va pas le supporter. Mais restons un moment sur Terre, puisqu’il s’agit de la sauver, n’oublions pas. Nous sommes bien sur l’image traitant du « pour » le peuple, n’est-ce pas ?

Si les revenus sont bien pour tout le monde une préoccupation primordiale, et qu’en effet, si on a dans la vie assuré de bons revenus, bien des questions deviennent moins problématiques, c’est une évidence. Mais que je sache, les revenus de chacun découle du métier et des choix que chacun fait pour gagner sa vie, ce n’est pas le « gouvernement » et encore moins les « élus » qui nous distribuent ce que nous gagnons. Ou serions-nous déjà en régimes communistes ? Non, on me l’aurait dit, mais c’est vrai que parfois, je me demande…

Alors en quoi le sujet des revenus pourrait-il venir illustrer le gouvernement « pour » le peuple, s’il vous plaît cher Philippe ? Que faites-vous « pour » le revenu du peuple qui travaille, concrètement ?

Vous voyez, c’est dommage tous ces malentendus. Juste avant, je faisais remarquer que le besoin de « gouvernement » n’est pas bien clair, du moins pas pour moi c’est sûr. Voilà bien une preuve de la fumisterie de la gent politique : si on les laisse nous prendre par les sentiments, ils en arriveraient presque à nous faire croire qu’on les a élus pour qu’ils nous donnent l’impression que ce que nous gagnons n’est pas dû à notre boulot, mais à leur capacité à faire de jolis graphiques comme celui-ci.

Je sais très bien que ce qu’il cache ici, ce sont les taxes et redistributions : mais cela n’est pas « pour » nous, cela ne peut l’être. C’est bien sûr « contre » nous, puisque cela consiste à nous piquer arbitrairement du fric honnêtement gagné.

Mais poursuivons, l’amibe va probablement avancer dans sa logique pour pointer sur les différences entre les courbes.

Les inégalités, j’en suis revenu

Ca ne loupe pas, la planche suivante revient sur les « inégalités de revenus », mais de manière plus tordue encore. Cherchant probablement à nous apporter une analyse par pays, mais en évitant de se retrouver avec 17 fois 4 courbes sur le même graphique, il a été chercher une représentation à base de « coefficients de Gini« . Non, il ne s’agit pas d’une boisson gazeuse, mais plutôt d’une notion vaseuse.

Revenus

« Coefficients de Gini des inégalités de revenu comparées entre 1985 et 2013 ou proche. »

Le coefficient de Gini appliqué aux revenus (je précise, car ce n’est pas l’outil de représentation lui-même qui pose problème, mais son usage sur les revenus) mériterait à lui seul un article, tellement le concept est fantaisiste. N’est-il pas magique de pouvoir résumer la multitude et la complexité d’une notion aussi riche (!) que l’inégalité de revenus à l’échelle de tout un pays en un seul nombre ? Hop, je suis à 0,30, Monsieur l’Agent j’ai soufflé dans le ballon, je vous jure que je n’ai pas bu plus que d’habitude !

Comment peut-on ne pas réaliser que les choses compliquées restent toujours compliquées et que tenter de les simplifier, ce qui peut bien sûr se justifier et avoir une utilité, ne peut se faire qu’au prix d’une complication par ailleurs ? On retrouve la technique du prestidigitateur qui nous distrait d’un pan entier de réalité pour mieux nous endormir de beaux discours de gentil vert.

Mais néanmoins, entrons un instant dans le jeu de notre « amibe », regardons ce graphique. Il est Belge, nous sommes en France, concentrons-nous sur les deux pays. « Une évolution qui ne trompe pas« , nous affirme-t-il ? Quelle évolution, où ça ? Les deux sont dans la rubrique « Faible variation » sur une période de près de 30 ans !

Quand on se rappelle que ces deux pays sont aussi les deux les plus taxés au monde, la France 71e et la Belgique 52e quant à leur liberté économique, score qui pour l’une comme pour l’autre n’a guère changé favorablement depuis 1995, est-ce que par pur hasard on serait en droit de penser que ce tassement des inégalités selon Gini pourrait être la conséquence de ce type de politique ?

Mais non, suis-je sot, ce n’est pas ce que nous dit notre Philippe, je le prends à l’envers – ou est-ce à l’Anvers ? Il prend au contraire France et Belgique comme des exemples à suivre et pointe du doigt l’horreur des variations à la hausse du Gini (sans bouillir) de pays comme les USA, Israël ou … la Suède – de quoi, de quoi, le pays modèle social-démocrate aurait des inégalités allant croissant (comme toute la Scandinavie, en plus) !? (Et en plus, probablement allant croissant aux beurs, c’est dire.) Mince, donc ça ne marche pas non plus !?

Décidément, rien n’y fait. On a beau le prendre dans tous les sens, on n’arrive jamais à justifier cette fausse promesse du « pour le peuple » qu’est l’intervention étatique pour réduire l’illusion de l’inégalité des revenus. Méchant peuple.

Pourtant, notre « amibe » y croit dur comme fer, ou cherche à nous y faire croire, au point d’avoir plusieurs autres planches sur le sujet. Ce sera pour la prochaine fois, si vous avez encore la patience de me lire…

À suivre…

 

Euclide