Série Mai 68

Temps plus vieux

Tôt à l’aéroport, encore. Encore endormi, mode pilote automatique. Longue file d’attente pour passer les contrôles avant embarquement. Habitude. C’est mon choix, mais ça ne durera pas.

Bizarre, que se passe-t-il, je vais être en retard, mince ?! Dans la file, des vieux. Des vieilles surtout, espérance de vie oblige. Pardon, des « personnes âgées », bref, un paquet de retraités qui partaient pour un de leurs innombrables voyages…
Fichtre, au moins ils pourraient partir quand ce n’est pas l’heure de pointe ! Voilà qu’elles se pointent quand on pointe, j’ai les boules, je me tire ? Je plaisante…

Je ne sais si vous avez remarqué, ce n’est pas une grande nouvelle d’ailleurs, mais certains vieux voyagent de plus en plus, et tout le temps. Certes ils ont le temps, certes les prix des voyages ont fondu, mais malgré tout, ils ne donnent pas l’impression que leur pouvoir d’achat suive la même pente que la popularité de notre François – et désormais de notre Manu – national.

Retraités

Vive notre retraite ! La vôtre, on verra…

La cavalerie arrive toujours, attends

On peut s’en réjouir, mais on peut aussi se demander si cela est bien en ligne avec la logique des choses. La troupe qui obstrue le passage est faite de sel-et-poivre donnant peu l’image de rentiers capitalistes nourris de dividendes âprement gagnés, mais bien celle de retraités plutôt insouciants et profitant de la cavalerie financière connue sous le doux nom de retraite par répartition (de la pauvreté) ou de régime spécial (plutôt riche en privilèges).

Il faut pourtant mesurer cette analyse trop rapide. Surtout pas d’amalgame ! Tous les retraités ne voyagent pas, tous n’en ont pas l’envie, bien sûr, mais surtout tous n’en ont pas les moyens.

Les retraités qui ont les moyens de voyager à une heure de pointe ne sont que rarement les anciens artisans ou petits patrons, qui la plupart du temps n’ont droit qu’à des pensions de misère, même après avoir cotisé comme tous les autres. Mais pas aux mêmes régimes.

Non, dans leur grande majorité, ces voyageurs sont plus probablement des retraités de la fonction publique ou des grandes entreprises plus ou moins nationales qui profitent de pensions négociées à la force du piquet de grève. Vous ne me croyez pas ? Demandez-leur.

Quant à leur âge, comme il leur faut être encore quelque peu alertes pour aller mener pèlerinage à Katmandou, ils ont tous environ 65 à 80 ans – grand maximum. Donc nés entre et 1935 et 1950, ils constituent la génération mai-68 où ils avaient entre 18 et 33 ans, l’âge dépravé, euh, des pavés.

Avec des exceptions certainement, mais bon, il reste qu’il n’est pas tout à fait faux de dire que pour au moins la moitié, ces retraités sont des ex soixante-huitards issus des secteurs protégés de notre économie. Et tout cela gambade gaiement à une époque où tous les autres s’inquiètent pour demain.

Entre preneurs

Ah ! la belle génération que voilà ! Enfin, soyons juste, toute la génération ne mérite pas l’opprobre.

Mes parents par exemple, non seulement n’ont pas jeté de pavés ni tenu de piquets de grève, mais ils ont cotisé toute leur vie pour s’entendre dire in fine qu’en tant qu’entrepreneurs ils n’avaient en fait droit à rien. Sale patron de petite boîte, tu as exploité 5 ouvriers, tu devrais avoir honte et être heureux d’avoir cotisé. Et je fais le pari que beaucoup des lecteurs connaissent des situations semblables, issues bien sûr de la justice sociale bâtie rudement pendant l’ère post Trente glorieuses.

Ainsi et il demeure, les cheveux blancs qui fourmillent dans nos aéroports sont pour beaucoup les responsables inconscients de notre naufrage économique, social et peut-être surtout culturel actuel. Les « entrepreneurs » d’une société d’irresponsables qui auront surtout fini « entre preneurs ».

Je suis dur ? Considérez plutôt.

Enfin !

Christ rédempteur à la retraite ?

Progrès en retraite

Fonctionnaires ou d’entreprises protégées, ils n’ont pas connu le chômage. Leurs grèves sous couvert de progrès social ont en réalité accru l’écart entre leur statut et celui du reste de la société. Leurs retraites souvent faites de régimes spéciaux ont été financées au prix de l’endettement collectif et sera donc payée par vous, nous, leurs enfants peut-être et surtout les nôtres.

Le clientélisme électoral a fait d’eux une cible majeure – et à la population croissante – des programmes socialisants, ce qui a contribué au saut funeste de 1981. Convaincus de leur exemplarité et d’être des facteurs vivants du progrès social, beaucoup ont de plus pris pied dans les municipalités et collectivités, contribuant à la dette locale et croyant par-dessus tout ça faire le bien autour d’eux.

Je continue ?

Alors certes, je généralise un peu et je pousse un poil le bouchon. Il demeure, si vous croisez une de ces têtes chenues et qu’elle croit malin de vous traiter de méchant libéral, surtout n’ayez aucun scrupule à lui rappeler que c’est vous le sale libéral qui payez pour ses voyages et que vos enfants vont bientôt prendre le relais.

 

Euclide