Série Mai 68

Pensif

Je vais faire la révolution…

Révolution du trou

Née en 1965, j’étais trop petite pour parler aujourd’hui de la vie avant mai 68 et trop petite aussi pour comprendre en mai 68 les événements qui ont déclenché les revendications.

Mais je peux les comprendre aujourd’hui et parler des années post mai 68.

A l’école notamment, quand j’y suis allée, donc après mai 68, il y avait des trous dans les pupitres, qui parait-il servaient à y placer un encrier. Mais le stylo bille ayant fait son entrée dans les écoles en septembre 1965, les trous devenaient inoccupés.

C’était une vraie révolution d’écrire au stylo bille, j’avais entendu dire que j’avais bien de la chance de pouvoir écrire au stylo bille. Si bien que je m’appliquais à écrire, puisqu’une révolution me procurait cette chance inouïe de pouvoir écrire avec facilité !

Seulement, très vite cette révolution m’a laissé un goût amer.

Non pas que je regrette l’époque que je n’ai pas connue, où l’on écrivait à la plume, mais plutôt l’époque qui n’est pas encore d’actualité, où les Hommes ont cessé de croire qu’il faille faire des révolutions rouges de colère pour pouvoir évoluer librement.

Mai 68

Mai 68, c’est que le début, pas d’accord, pas d’accord…

Avant ‘mais’ 68

Effectivement, probablement qu’avant mai 68, l’état était déjà bien trop omnipotent et l’éducation nationale bien trop autoritaire et disciplinaire. Probablement aussi qu’avant mai 68, le non-droit des femmes permettant la coercition contre elles, était stupidement anormal.

Donc, qu’un mouvement se soit organisé pour s’opposer à trop d’état, une autorité et une discipline contestables et des droits pour les uns mais pas pour les autres, n’a rien d’étonnant, ni même de vraiment critiquable.

Cependant, quand un mouvement de masse se met en branle, provoqué par un ras le bol à force d’abus de pouvoir, il n’est pas sans conséquences pires encore que ce contre quoi il se dresse, si ce mouvement n’a pour seul objectif que satisfaire sa colère en la répandant – et on verra bien après ce qu’on en fera, le sacrifice paiera.

Con, mais moins

D’abord, on est un con.

C’est toujours la même rengaine, le y-a-qu’à-faut-qu’on, on n’a qu’à faire ça et ils vont voir ce qu’ils vont voir, parce qu’il y en a marre, faut pas qu’on nous prenne pour des cons.

Mais si, bien sûr que si, on est toujours le con de l’histoire.

Même si le moins con d’entre tous les cons, lui bien entendu, compte bien en tirer profit de cette histoire, ben tiens pardi !

Au début, le moins con est avec tous les autres, et tous croient être égaux. À ce stade, les autres ne savent pas encore qu’il va se distinguer, ni qu’ils vont rester les cons de l’histoire, parce qu’il n’y a pas, il n’y a jamais eu et il n’y aura jamais d’égalité. Dans l’enthousiasme général, ils scandent l’anti-autoritarisme, à s’en faire péter les cordes vocales, sans aucune distinction.

Et le moins con les embarque, leur promet monts et merveilles, il construit son fonds de commerce sur le terrain des hostilités.

Mai c’est fair

Que les hostilités commencent : « Il est interdit d’interdire », « CRS-SS », « Sous les pavés, la plage »…

Ah qu’il devait être doux et rassurant, tous ensemble, unis comme les doigts de la main, camarade, de libérer sa rage et de refaire le monde en le rêvant, à la manière beatnik et hippies, mais à la française, sans concerts et en balançant des pavés entre deux galipettes avec une bande de féministes carnassières, prêtes à s’arracher la culotte avec les dents, en cassant tout et en saignant, c’est plus crédible.

Et puis quoi, les français ont l’expérience, ils ont même coupé la tête d’un roi un jour, alors bon les Amerloques, camembert, hein !  Il ne faudrait quand même pas que les Américains se croient tout permis, quand on voit ce qu’ils font au Vietnam !

Même si comme le racontait si bien Coluche quelques années plus tard :

Coluche

L’horreur est humaine – Coluche.

« J’m’intéresse à la guerre au Cambodge, là, l’aut’ jour,
Pis j’me suis aperçu qu’c’était des Vietnamiens qui la f’saient…
Pendant 30 ans, moi, j’avais été pour les Vietnamiens qu’on allait faire chier…
Dès qu’ils ont été libérés, ils ont envahi l’Cambodge…
J’avais pas l’air con, tiens ! »

Oui mais, c’est que depuis mai 68 en France – et puisque le regretté de Gaulle, avec qui on s’était quand même bien éclaté, a quand même fini par céder son autorité, donc ça a marché – il est devenu de plus en plus indispensable de prendre parti et de descendre dans la rue pour faire valoir son opinion, donner son avis sur tout, même se montrer en hologramme pour devenir une star et réclamer en criant la démission du nouveau général, pardon président, qui a été mis en place par le vote magique ; parce qu’il faut bien mettre quelqu’un à la tête de l’état pour pouvoir gueuler et obtenir des subventions que c’est l’état qui paye.

Bon ok, il (l’indispensable état) va prendre le flouze in the pocket de ceux qui ont encore le bonheur de pouvoir bosser et gagner de l’argent, mais ça chut, c’est tabou, donc on oublie.

Capitalistes, oui mai non

Voilà le résultat post mai 68 : sur le tard on est de plus en plus con, mais on a le droit de gueuler, c’est autorisé, pour être ensuite subventionné. Comprenez, l’état sait récompenser un bon débat.

À la fin, ça se termine au bar et on se fait des bisous, avec des p’tits émoticones par SMS, via le dernier iPhone à 1000 boules, marque Apple qui est Américaine et capitaliste, ces salopards – mais c’est trop quand même la classe de montrer son iPhone, on ne résiste pas, en se félicitant : « p’tain t’as vu Maurice, avec l’audience qu’on a faite à la dernière manif, là c’est sûr la CNC va raquer de la subvention. C’est toujours ça de pris, jusqu’à la prochaine. »

Mais qu’ils sont cons, au secours qu’ils sont cons ; quel héritage à la con ; et les riches s’en vont.

 

Artid