Anarchie ?

Au cas où l’anarchie – la vraie – vous ferait peur.

Une croyance : L’anarchie est un problème, c’est le chaos, elle est criminelle, car les anarchistes sont sans foi, ni loi. C’est le désordre.

Solution : Éduquer les Hommes, combattre leur crime originel par la morale, pour conserver et promouvoir le bien supérieur, avec un droit positif [1] et des lois punitives.

Conséquences : Répressions de la liberté individuelle, populisme et collectivisme réducteurs.


Autre croyance : L’Histoire des Hommes se résume à une lutte incessante de classes sociales divisées en deux catégories : les exploitants et les exploités, les esclaves et les maîtres. L’anarchie est un mouvement révolutionnaire nécessaire qui a pour vocation d’évincer toutes classes sociales, pour qu’elles ne luttent plus entre elles, ni en raison de la foi, ni en raison de lois prétendument supérieures à l’éthique humaine solidaire.

Solution : Mettre tout le monde sur un pied d’égalité en empêchant les exploitants d’exploiter, via un droit positif et des lois punitives jusqu’à ce que les intérêts individuels égoïstes s’auto-éliminent naturellement.

Conséquences : Répression de la liberté individuelle, populisme et collectivisme réducteurs.

À remarquer : l’une ou l’autre de ces croyances qui s’opposent, aboutissent exactement aux mêmes conséquences !

anarchie

L’anarchie n’est pas le chaos de l’anomie.

Saine anarchie

La véritable Anarchie : C’est un mouvement naturel, dispensé de toute autorité. Ce n’est pas une absence de règles. L’absence de règle porte un autre nom : l’anomie. Plus précisément, l’anarchie en tant qu’expression humaine, ne signifie pas « chaos » au sens d’enfer, mais absence de commandement, absence de chef.

C’est l’ordre sans gouvernement, sans état, la paix sans violence, le droit naturel, ayant pour règles la Liberté comme source et développement, avec pour principe la non-agression. Ce n’est pas la loi du plus fort, mais le moteur même de la vie, telle qu’elle évolue spontanément, en systèmes dynamiques complexes.

L’anarchie n’est donc pas un problème et n’a pas vocation non plus à résoudre le moindre problème concret que les Hommes rencontrent ou se créent tout au long de leur histoire.

Il n’y a donc aucune nécessité à proposer de solution face à l’anarchie, ni pour en faire une omelette à partager en sacrifiant les poules et les œufs, à défaut de savoir lequel serait le premier, lequel aurait raison de l’autre ! En revanche, il est pertinent de comprendre l’anarchie, puisqu’elle participe de l’ordre dynamique entre les Hommes.

L’objectif de l’anarchie : Permettre à chaque Homme de se déployer, tel qu’il le veut, tel qu’il le peut, avec ce qu’il a.

Conséquences : Promotion de la liberté individuelle, droit de se défendre face aux problèmes qui peuvent se poser à chacun, plus d’échanges, moins de violence.

Anarchie de bon sens

Dans les faits, la croyance humaine surpasse la cause réelle qui détermine l’action des Hommes, mais elle n’est qu’un archaïsme obsolète de la raison qui conduit les Hommes à agir.

Comment des individus en perpétuel renouvellement, baignant dans des courants technologiques de plus en plus complexes, pourraient-ils rester à obéir à un système de règles figées, applicables à tous de la même manière, fondées sur des croyances ?

L’anarchie est la seule option vitale, même si elle ne présage en rien d’une société libre. Il est fort possible d’assister à l’émergence de petites sociétés éparses, détachées des mouvements politiques, bien que restant enracinées dans des croyances ancestrales.

Peu importe, puisque en réalité, tant que les individus commercent entre eux, ils assurent leur survie et leur continuité. En réalité, les Hommes ne peuvent pas vivre pleinement et sereinement autrement qu’en anarchie et certains le comprennent bien, au-delà des croyances, guidés par leur raison et à la lumière de la connaissance des causes véritables qui les conduisent.

Les Hommes, non seulement sont capables de se détacher des mouvements politiques, mais aussi des croyances, quand bien même mouvements politiques et croyances leurs sont légués comme bien commun, garants d’une absolue sécurité improbable.

Antigone

Antigone.

Libres propos anarchistes

Voici quelques propos anarchistes, dont vous viendrait-il à l’esprit, de les qualifier de criminels, promoteurs de désordres, parce qu’ils n’obéissent pas à vos lois politiques ou à vos croyances ?!

Antigone (Grèce – Avt JC)

Antigone est l’héroïne d’une tragédie grecque écrite il y a plus de 2400 ans par Sophocle. Antigone, est une femme seule qui affirme face au despote Créon, qu’il existe des Droits que même-lui, le législateur, n’a pas le droit de piétiner. S’il le fait, il prouvera simplement qu’il a la force, qu’il a le pouvoir, mais pas le Droit. Antigone pose ainsi la première pierre de cette tradition du Droit naturel. C’est-à-dire des droits qui ne sont pas décrétés par l’Etat, mais attachés à la nature même de l’être à laquelle ils sont appliqués. En l’occurrence l’Etre Humain.

« Créon : Et ainsi, tu as osé violer [mes] lois ?
Antigone : C’est que Zeus ne les a point faites, ni la Justice qui siège auprès des Dieux souterrains. Et je n’ai pas cru que tes édits pussent l’emporter sur les lois non écrites et immuables des Dieux, puisque tu n’es qu’un mortel. Ce n’est point d’aujourd’hui, ni d’hier, qu’elles sont immuables ; mais elles sont éternellement puissantes, et nul ne sait depuis combien de temps elles sont nées. Je n’ai pas dû, par crainte des ordres d’un seul homme, mériter d’être châtiée par les Dieux. »

Étienne de La Boétie (France – XVIe)

« Il est incroyable de voir comme le peuple, dès qu’il est assujetti, tombe soudain dans un si profond oubli de sa liberté, qu’il lui est impossible de se réveiller pour la reconquérir : il sert si bien, et si volontiers, qu’on dirait à le voir qu’il n’a pas seulement perdu sa liberté, mais bien gagné sa servitude. »

statue

Statue d’Etienne de la Boëtie à Sarlat.

William Godwin (Angleterre – XVIIIe-XIXe)

« Le système de l’imposture politique divise les hommes en deux classes, une dont la tâche est de penser et de raisonner pour tous, l’autre qui doit accepter les conclusions des premiers. Cette distinction n’est pas fondée sur la nature des choses ; il n’y a pas de différence intrinsèque entre un homme et un autre, comme on croit pouvoir l’imaginer. Cette supposition n’est pas moins injurieuse qu’infondée. Les deux classes ainsi créées sont trop, ou pas assez pour l’homme. C’est trop attendre des uns, en leur confiant un monopole artificiel, qu’ils puissent délibérer absolument pour tous. C’est faire un injuste procès aux autres que de supposer qu’ils ne puissent jamais utiliser leur entendement, ou pénétrer l’essence des choses et qu’ils doivent à jamais se contenter d’une apparence trompeuse. »

Max Stirner (Allemagne – XIXe)

« Le paupérisme est un corollaire de la non-valeur du Moi, de mon impuissance à me faire valoir. Aussi État et paupérisme sont-ils deux phénomènes inséparables. L’État n’admet pas que je me mette moi-même à profit, et il n’existe qu’à condition que je n’aie pas voix au marché : toujours il vise à tirer parti de moi, c’est-à-dire à m’exploiter, à me dépouiller, à me faire servir à quelque chose, ne fût-ce qu’à soigner une proles (prolétariat) ; il veut que je sois « sa créature ». (…) Mais si vous savez faire cas de votre richesse, si vous tenez à haut prix vos talents, si vous ne permettez pas qu’on vous force à les vendre au-dessous de leur valeur, si vous ne vous laissez pas mettre en tête que votre marchandise n’est pas précieuse, si vous ne vous rendez pas ridicules par un « prix dérisoire », mais si vous imitez le brave qui dit : « Je vendrai cher ma vie (ma propriété), l’ennemi ne l’aura pas à bon marché », — alors vous aurez reconnu comme vrai le contraire du Communisme, et l’on ne pourra plus vous dire : renoncez à votre propriété ! Vous répondriez : je veux en profiter. » — L’Unique et sa propriété

Henry David Thoreau (Amérique – XIXe)

« Si un millier d’hommes refusaient de payer leurs impôts cette année, ce ne serait pas une mesure violente et sanguinaire, comme le fait de les payer et permettre par là à l’État de commettre la violence et de verser le sang innocent. Telle est, en fait, la définition d’une révolution paisible, si semblable chose est possible. »

Thoreau

Henry David Thoreau.

Léon Tolstoï (Russie – XIXe-XXe)

« Le moment est proche, où le monde comprendra enfin que les gouvernements sont des institutions inutiles, funestes et au plus haut point immorales, qu’un homme qui se respecte ne doit pas soutenir et qu’il ne doit pas exploiter à son profit. Et quand ces hommes auront compris cela, ils cesseront de collaborer à l’œuvre des gouvernements en leur fournissant des soldats et de l’argent. Alors tombera de lui-même le mensonge qui tient les hommes en esclavage. »

Georges Brassens (France – XXe)

« Je déteste les uniformes, sauf l’uniforme du facteur. Je n’aime pas tellement ces gens qui – que vous soyez en faute ou non – ont des droits sur les autres, qui ont le droit de manier un bâton, un revolver, un fusil, ces gens qui ont le droit pour eux. Je n’aime pas beaucoup les chiens de garde, je me méfie des uniformes et des gens qui marchent en groupe : je les tiens pour suspects. »

Nassim Nicholas Taleb (Liban-Amérique – XXe-XXIe)

« Nous voulons être nous-mêmes et uniques, la collectivité (l’école, les lois, le travail, la technologie) nous veut génériques jusqu’à la castration. »

Taleb

Nassim Nicholas Taleb.

Classes sans distinction

Nos civilisations tout entières, depuis le début des temps et tout au long du temps jusqu’ici, reposent sur l’anarchie. Contrairement aux croyances des uns et des autres, voulant voir dans l’anarchie ce qu’ils voudraient imposer comme vision du monde qui leur est propre, l’anarchie ne s’impose pas par la force, ni ne se combat par une violence contraire. L’anarchie se réalise spontanément, par la raison et la logique propres aux fondements même de l’univers, dont les Hommes sont déterminés et ainsi capables d’induire cet univers en mouvement.

L’anarchie n’est autre qu’un élan vital de Liberté isolé, qui aspire à un incessant renouvellement du monde, de telle sorte que le mouvement de la vie continue, les uns avec les autres et non pas les uns contre les autres, incluant toutes sortes de différences sans aucune distinction de classes, encore moins de classes sociales.

J’en profite pour rappeler que les classes sociales n’existent pas plus qu’il n’existe de sang bleu et aucune forme de société n’est définitive. Ainsi quand par exemple un ouvrier revendique son statut d’ouvrier qu’il souhaite faire valoir, il ne fait que s’attacher lui-même d’où il comptait s’évader. En réalité, il suffirait qu’il se libère de ce statut, pour immédiatement voir le monde autour de lui, se transformer, rien qu’en se réattribuant son identité originelle d’Homme libre, capable d’écrire son histoire et non de subir un prétendu statut, comme un destin gravé à jamais dans le marbre.

Il n’y a rien de gravé dans le marbre. Marx, Lénine, Staline, Mao, bref toute cette mafia bienfaisante ou malfaisante, est morte. C’est cuit, c’est même carrément cramé pour le communisme, pour ses partenaires dissidents aussi (socialistes, nazis, libertaires, castes religieuses ou pas etc.) et cette horreur prisonnière de ses statuts collectifs ne doit jamais renaître de ses cendres.

L’anarchie n’est tout simplement pas un machin/concept collectif, mais un vaste territoire de l’esprit philosophique où des graines d’Hommes germent et grandissent librement sans se cannibaliser les uns, les autres, à vouloir se globaliser. Où la connaissance des uns s’échange avec celle des autres, sans hiérarchie, parce que ce n’est pas autrement que l’univers se crée, se maintient, évolue et dont chaque individu est un univers souverain à lui tout seul. Où l’anarchie est cet élan vital, qui associée au détachement des mouvements politiques et des croyances, droit dans ses bottes, sans paniquer, en connaissance de causes, sagement, peut parfaitement mener chacun d’entre nous à réaliser et à faire une société libre. Car seule une société libre, permet à la fois d’être et d’avoir, sans provoquer aucun sacrifice, aucun crime, aucun génocide.


Christian Michel (Suisse – XXe-XXIe)

« La société que nous construisons, inédite dans l’Histoire, est une société sans pouvoir, à la fois très modeste, car elle renonce aux grandes épopées des princes et des États, et très ambitieuse, car elle demande l’engagement de chacun au quotidien. C’est une société qui abandonne la politique pour la politesse, la citoyenneté et le civisme pour la civilité. »

C.Michel

Christian Michel – Auteur de Vu d’Ailleurs.

 

Artid

[1] Le droit positif s’oppose au droit naturel, car il émane d’une autorité arbitraire, contrairement au droit naturel qui émane de la nature même de l’Homme lui-même, souverain, réel et irréductible.