Alissa Zinovievna Rosenbaum

Vladimir Poutine vient d’être réélu en Russie. Certains s’en inquiètent, quand d’autres s’en réjouissent.

Personnellement, je considère cette information comme un non événement de plus sur la scène d’un spectacle électoral mondialisé, qui régulièrement et inlassablement sacrifie le droit des Hommes pour établir un règne de non-droit sécuritaire et totalitaire, gardé par des cerbères d’Hadès.

Pourtant le monde n’est pas un souterrain ténébreux, dominé par des mythes. Le monde est beau, avec ses habitants d’un bout à l’autre, diversifiés, de toutes sortes, dont les humains. Avec chacun leur identité propre, qui confère à chacun ses propriétés et les droits qui s’y accordent ainsi, pour composer une belle partition vivante, chacun comme acteur de sa vie et non pas de celle des autres.

Comme en témoigne, Alissa Zinovievna Rosenbaum, née en Russie à Saint-Pétersbourg le 2 février 1905, aucune construction sociale n’a le pouvoir de corrompre la liberté, dont chacun peut toujours se saisir par l’entremise de ses droits, de sa propre volonté :

Ayn Rand

Ayn Rand, auteur de La Grève.

« Vous qui avez perdu la notion de ce qu’est un droit, vous qui hésitez dans une fuite stérile entre l’affirmation que les droits sont un don de Dieu, un cadeau surnaturel reposant sur la foi, ou que les droits sont un don de la société, qu’il faut arracher à son désir arbitraire, apprenez que les droits de l’homme ne découlent ni de la loi divine ni de la loi sociale, mais de la loi de l’identité.
A est A ; et l’Homme est l’Homme. Ses droits sont les conditions d’existence requises par sa nature pour sa propre survie. » (Ayn Rand, La Grève (Atlas Shrugged), Discours de John Galt).

Fin 1926, Alissa quitte la Russie, migre en Amérique et devient Ayn Rand, elle-même, intègre.

Autant dire quand elle évoque le droit, elle sait parfaitement de quoi elle parle, puisque le droit lui était précisément confisqué par ces bandes de cerbères socialistes, qui prétendaient détenir tous les pouvoirs grâce aux votes d’électeurs ravis.

Mythe démocratique

Exemple des manipulations électorales socialistes, via le droit de vote qui n’est pas un droit, mais une comédie tragique :

En Russie précisément, le 23 janvier 1918, le 3e Congrès des soviets, réuni 2 semaines, donne une légitimité à l’action des bolchéviks. Les élections voient l’écrasement des SR de droite, qui n’obtiennent que 7 délégués (moins de 1 %), contre 30 % des sièges pour les SR de gauche. Ainsi les SR de droite, qui forment le groupe le plus nombreux à l’Assemblée Constituante, élue sur la base des listes faites avant la révolution d’Octobre, ne représentent en réalité à ce moment plus qu’une infime minorité.

Il est donc clair qu’en janvier 1918, l’Assemblée Constituante ne représente pas du tout, aux yeux des socialistes, la volonté réelle du peuple et n’est donc pas légitime. Par contre, toujours aux yeux des socialistes qui en jugent et comptent faire justice, le système soviétique, celui des conseils ouvriers et paysans, reposant sur des élections fréquentes (octobre 1917, janvier 1918, mars 1918, juin 1918) et incluant la possibilité de révoquer ses représentants, démontre concrètement son immense supériorité démocratique sur le parlementarisme bourgeois.

Rappelez-moi combien ce mythe de supériorité démocratique a-t-il fait de morts et de malheureux ?

Atlas

Célèbre statue d’Atlas, à New York.

Ces histoires morbides vous intriguent et vous divertissent ?

Moi, elles m’incitent à y mettre un terme, à ne pas m’y inscrire, ne jamais m’identifier comme associée à cette histoire, par le droit que j’accorde à la liberté intégrale, où « chacun peut faire ce qu’il veut avec ce qui lui appartient, et seulement avec ce qui lui appartient », comme le rappelle Christian Michel.

Droit naturel, nature du droit

Accorder le droit n’est pas accorder le droit d’être, ni le droit d’exister, mais le droit de faire, d’agir, de décider.

Le droit d’être, le droit d’exister est inné, déterminé à chaque être vivant, durant toute sa vie ; c’est son bien propre, son identité.

L’homme est propriétaire de lui-même, de son identité et en droit d’en disposer comme bon lui semble. Nul ne détient réellement aucun pouvoir sur ce droit, pas même l’assassin. L’assassin ne peut prendre la vie de personne, il ne peut que l’interdire.

Le seul droit avec lequel chacun peut réellement agir, l’accorder ou le confisquer, quand bien même c’est toujours un droit naturel, c’est le droit de faire. Ainsi le droit de faire varie selon les compétences de chacun qui sont et deviennent aussi son bien propre. Plus les compétences sont développées, plus le droit de faire offre de possibilités et de variables.

« Et ainsi j’appelle libre un homme dans la mesure où il vit sous la conduite de la raison, parce que, dans cette mesure même, il est déterminé à agir par des causes pouvant être connues adéquatement par sa seule nature, encore que ces causes le déterminent nécessairement à agir. La liberté, en effet, ne supprime pas, mais pose au contraire la nécessité de l’action », nous dit Spinoza.

Ce n’est pas juste, me direz-vous, car les compétences ne sont pas égales et certains pourraient avoir des droits comme possibilités que d’autres n’auraient pas ?

En effet, le droit naturel n’est pas juste, inéquitable, inégal, comme nous ; il n’y a pas de justice à faire. Le droit naturel est comme intégré au temps, il s’écoule inlassablement, suivant ses propres lois, inchangeables et déterminées.

Ainsi, je prends le droit naturel de procréer, par exemple. Il est un fait incontestable que les femmes disposent d’un corps animé qui leur permet la gestation d’un futur être humain en leur sein, sauf exceptions. Les hommes disposent aussi d’un corps animé, mais il ne leur permet pas la gestation d’un futur être humain en leur sein. Peu importe que cette disposition déterminée soit juste ou pas.

Vouloir changer cette disposition, non seulement ne changera pas les lois qui la détermine, mais ne les rendra pas non plus ni plus justes, ni moins justes.

Hommes, Femmes, demain encore

Alors si techniquement, et si tant est qu’ils le veuillent, il est possible d’imaginer qu’un jour des hommes se dotent de moyens leur permettant la gestation d’un futur être humain en leur sein, il n’en restera pas moins qu’à la base les lois naturelles ne leur permettent pas, sans que pour autant ils en soient diminués dans d’autres possibilités.

De même si techniquement, il est possible aux femmes de décider la gestation en leur sein ou non, il n’en reste pas moins que le décider ou pas n’a strictement rien changé aux lois naturelles qui les ont déterminées ainsi.

Justice

La justice, oubliée de l’amour ?

En revanche si la justice n’est qu’un vain désir de socialisme, oubliée de l’amour et sans joie, échouant sur les berges de l’illusion ou du manque, l’absence de justice n’est pas un obstacle à vivre.

Arbitrairement, l’Homme se représente la justice telle l’ordre et l’injustice telle le désordre et tristement, comme le suggère Schopenhauer, il oscille.

« La vie de l’homme oscille, comme un pendule, entre la douleur et l’ennui. » – Schopenhauer, Le monde comme volonté et comme représentation.

Les socialistes justiciers, pour se rassurer, se voient au-dessus du désordre, obéissants à l’ordre uniquement, et se mettent en marche, au pas, pour bricoler des obstacles au désordre, appelant aujourd’hui cette activité la législation.

Cette activité n’a nullement pour fin de faire droit aux Hommes d’agir selon leur nature propre, mais au contraire de contraindre les Hommes à respecter et appliquer un ordre idéalisé, figé dans le temps, les laissant démunis de causes sérieuses et légitimes, et croyant échapper au pendule du temps déterminé, grâce à la socialisation collective censée garantir la sécurité.

Il n’en demeure pas moins qu’à l’individu, il reste toujours à faire la distinction entre ce qu’il peut faire, ce qu’il ne peut pas faire, ce qu’il veut faire, ce qu’il ne veut pas faire et à choisir parmi les moyens dont il dispose pour pouvoir faire ce qu’il peut, ce qu’il veut, avec ce qu’il a.

Pas le chaos, mais l’anarchie.

La sécurité n’est jamais qu’un attribut de la liberté, sauf sous des régimes totalitaires de socialisation augmentée.

Si je ne fais pas ces distinctions, alors un sentiment de chaos m’envahit. Ce n’est qu’une apparence, pas la réalité, puisque force est de constater qu’aucun chaos ne m’a encore détruite, je suis née et toujours là, vivante, même si je suis consciente de ma possible et inévitable mort.

Ce n’est plus une oscillation, mais un mouvement, une partition harmonieuse, c’est l’anarchie, la liberté d’agir malgré l’adversité.

Anarchie

L’anarchie (la vraie) n’est pas chaos. Le chaos, c’est l’arbitraire.

L’anarchie s’accommode tout aussi bien de l’ordre que du désordre. Elle est la vie en état de liberté, la Panarchie. La vie libre assortie de décisions à prendre pour pouvoir vivre et donc faire en sorte de continuer à vivre quoiqu’il arrive, autant que faire se peut.

J’existe, je suis, je le constate parmi l’ordre et le désordre et je fais quoi avec ce que j’ai ?

« Mais le tyran enchaînera… quoi ? Ta jambe. Mais il tranchera… quoi ? Ta tête. Qu’est-ce qu’il ne peut ni enchaîner ni retrancher ? Ta volonté. » – Epictète.

Je peux bien en rire, j’en suis comblée ou je peux bien en pleurer, quelque chose me manque.

Faire ou ne pas faire

Je vais donc, dans un cas comme dans l’autre, devoir décider ce que je préfère, vers où m’orienter, jouer avec le temps et agir en connaissance de cause. La cause qui me permet d’agir est mon droit naturel complété par mon libre arbitre : ma volonté.

Quel droit ai-je de faire selon ma volonté ?

J’ai le pouvoir d’en décider réellement, d’être vraiment libre, si et seulement si je parviens à distinguer ce que je peux faire, ce que je ne peux pas faire, ce que je veux faire, ce que je ne veux pas faire ; et de distinguer aussi les moyens dont je dispose à cet effet.

Mais à aucun moment je n’ai le pouvoir d’en décider si je ne m’appartiens pas, si je confie mon pouvoir de distinction à un autre qui m’en dispenserait, au nom de la justice idéalisée comme sécurité dominante au détriment de la liberté.

Je n’ai aucun droit de terroriser qui que ce soit, pour faire assurer ma sécurité, aucun droit de réveiller le tyran corrompu. Je dois donc exercer mon pouvoir par moi-même, pour protéger mes droits propres et décider de ce que j’ai à faire.

La seule limite n’est pas la loi, mais le risque que j’encours, la responsabilité que je prends de moi-même ; car si je m’appartiens, tout ce qui n’est pas mon bien est autre et peut faire obstacle ou me faciliter l’action. Je dois donc porter aussi mon attention sur tout ce qui n’est pas mon bien et qui peut faire obstacle ou me faciliter l’action.

Bien entendu, je comprends vite, non pas où est mon droit à faire ou non avec l’autre, mais où est mon intérêt, qui motive l’objectif que je me fixe : préserver et promouvoir la liberté, mère de la sûreté. Ai-je tort ou ai-je raison des choix dont je dispose et que je dois assurer ?

Intérêt personnel, dynamique humaine

Je m’efforce en chemin de contourner les obstacles, de la douleur et de l’ennui, non plus seulement en fonction de mes droits, mais aussi en fonction de mes intérêts. La distinction de mes droits me conduit naturellement à poser mes intérêts comme objectifs et à développer mes compétences pour faciliter mon action et me permettre de satisfaire mes intérêts, dans la limite de l’intérêt des autres, pour me donner raison, assurer mon droit naturel déterminé sans tomber dans la douleur et l’ennui de l’oscillation.

Suivre

Suivre les fools ?

Si je viens à manquer d’intérêt pour moi-même ou pour les autres, survient un obstacle. Ce n’est plus seulement mon droit qui est remis en question, mais mon intérêt.

Si j’ai des droits, je dois donc aussi les accorder avec mes intérêts, en posant des objectifs intelligents, smart : (spécifiques, mesurables, atteignables, réalistes, temporels).

Mes droits sont en concurrence avec les droits des autres. Aussi forts que soient mes droits, ils sont limités par les compétences et les intérêts que chacun met à défendre les siens.

C’est une concurrence saine, qui permet à chacun d’accorder sans cesse ses droits à faire, en développant ses compétences et en veillant à satisfaire ses intérêts, dans la limite de non-agression du même droit à faire qu’ont les autres.

Je m’engage à faire telle action plutôt que telle autre, non pas en fonction de ce qui est imposé par des représentants de justice oscillants, qui font loi. Je m’engage à le faire parce que j’ai pris connaissance de mes droits naturels qui sont vrais et inaliénables, que je dois défendre pour atteindre des objectifs intelligents.

Injuste justice

Certains croient être plus forts que d’autres, obsédés à imposer un droit dément aux autres, avec peu d’intelligence et beaucoup de violence. Ils pleurent leur manque de justice. Il s’avère à l’usage que cette justice absurde est bien le dernier refuge de l’incompétence et un obstacle d’imbécile incarné par quelques Hommes qui en font loi, la loi du plus fort, qui n’est pas un droit, encore moins un choix à faire.

Ce comportement n’est pas injuste, il est nuisible, c’est une erreur. Cette erreur ne peut être corrigée par la justice, qui nous l’avons vu, n’est que chimère mythologique liberticide.

Mais elle peut être corrigée par la connaissance et la raison véritable de ses droits réels et non fantasmés, qui libèrent l’intelligence à faire, celle de l’Homme libre, intègre, dont chacun est l’unique chef d’orchestre.

« Car la recherche du beau son ne dépend pas seulement de la mise en place des éléments, de la précision technique, du professionnalisme. L’envie des interprètes instrumentistes de contribuer individuellement à la fusion collective des timbres, à l’ébauche d’une couleur propre à l’ensemble, clairement décelable par l’auditeur, à rechercher une palette sonore accordée au langage à la forme, au style de l’œuvre interprétée, au langage particulier du compositeur, dépend pour beaucoup du charisme, de l’exigeante attention du chef d’orchestre à préserver et maintenir cette identité essentielle. » – Patrick Crispini, Chef d’orchestre.

 

Artid