J’ai Trèbes-bûcher, Chef

Plantons le décor. Le meurtre de Trèbes ces derniers jours – oui, je crois qu’il faut parler de meurtre ; parler d’attentat, c’est donner trop d’importance à un vulgaire assassin et à tout le cinéma qui est allé avec – donc le meurtre de Trèbes a fait beaucoup de bruit et causé bien des émois, alors qu’on nous affirmait que tout allait mieux – la preuve, fini l’état d’urgence, alors mais.

Trèbes

Village de Trèbes, sur l’Aude.

Cet acte somme toute assez banal – non pas que je me réjouisse d’un meurtre, ni que je nie sa signification, on va y revenir – a connu un retentissement totalement disproportionné, et c’est bien ce qui motive cette réaction.

Sans prétendre balayer tous les faits, peu importe les détails, les journaleux s’en chargent, je résumerai l’histoire en quelques points :

  • Un endoctriné, immigrant récemment naturalisé, se livre à une prise d’otage et à plusieurs meurtres dans un supermarché au fin fond de la province paisible.
  • Mince, il est bien connu de la police : multirécidiviste, inscrit au « Fichier S » – machin au nom et à la teneur mystérieux.
  • Voilà qu’il se revendique de l’Etat Islamiste – s’il fallait croire tout le monde ; il y a bien des socialistes qui se revendiquent de la paix et du bien de l’humanité sans que la police réagisse, pourtant – et demande la libération du « cerveau » du Bataclan.
  • Devant tant de danger, on assiste à un branle-bas de combat policier, avec en point d’orgue un courageux gendarme gradé qui prend la place d’une otage – c’est beau.
  • Des coups de feu sont entendus, le GIGN intervient, le terroriste est tué et le gendarme se trouve entre la vie et la mort ; il mourra hélas peu de temps après.
  • Toute la presse ne parle plus que du trio terrorisme, imprévoyance, héros national.

Carcasse sonne

J’aimerais vous proposer ma lecture de ce scénario au-delà de l’écran de fumée que nous en proposent les médias en charge des fake news.

  • Le meurtrier était un criminel dangereux ; il est logique qu’il soit décédé, même si cela aurait pu se passer autrement ; soyons rassurés de sa disparition, elle est bien plus juste et efficace qu’un emprisonnement.
  • Le gendarme s’est peut-être conduit héroïquement cette dernière fois, mais il ne faut pas oublier que son ordinaire était très probablement fait pour une large part de l’organisation de la collecte de PVs et de contrôles de vitesse imbéciles et voleurs qui ne sont rien d’autre que du harcèlement irrespectueux et esclavagiste des citoyens de cette région – il y a un radar sur l’A61 toute proche qui est particulièrement vicieux, en pleine descente.
  • Mais le geste héroïque doit aussi être remis à sa place. Personne ne devrait se proposer en échange d’un otage, c’est comme payer une rançon : on ne négocie pas avec les voyous. Sinon, demain, les gendarmes seront monnaie d’échange.
  • Plus sur le fond, la balle qui a tué ce jobard était policière, mais cela n’en fait pas une balle juste pour autant. La justice aurait été que les agressés puissent se défendre eux-mêmes, du moins dans un premier temps, comme ce boucher qui faisait du tir sportif et donc aurait pu s’en tirer (!) bien plus tôt.
  • On encense le gendarme, mais on oublie complètement les familles des victimes, qui sont pourtant celles dont la « justice » et les journalistes devraient s’occuper en premier.
  • Enfin, il tombe bien ce carnage, car il a permis de ne plus parler des grèves, du scandale de la SNCF et de tous ces problèmes majeurs de notre société que personne ne semble capable de résoudre au-delà de promesses électorales.
  • Ah oui, en guise de réaction marquante, il y aura désormais un square au nom du feu gendarme. La belle affaire.
Square roots

Belle action inutile, mais galvanisante.

Port d’arme, pas porcs d’arme

Cet événement bien malheureux, un de plus et certainement pas le dernier, montre que le principe étatique faisant reposer notre sécurité exclusivement sur ses gens d’armes et nous interdisant de nous défendre ne fonctionne pas, ou plus s’il a jamais fonctionné.

La vérité, mais qu’il ne faut surtout pas dire sous peine de labellisation comme fake news ou variante, c’est que le libre port d’arme, dans une région de chasse qui plus est, aurait non seulement permis aux personnes agressées de se défendre tout de suite sans devoir attendre « l’effort de l’ordre », mais surtout aurait probablement dissuadé l’énergumène de se lancer dans une telle croisade inversée à l’issue dès lors plus incertaine et moins en sa faveur.

Il faut de plus faire mention de la politique de plus en plus liberticide supposée nous protéger, mais qui en réalité se limite à contraindre les gens honnêtes qui de toute manière ne sont pas des dangers, au lieu de poursuivre ceux qui ne respectent pas la loi.

Terrain et Terreur

À cet égard il faut oser le dire, si le terrorisme existe autant et se développe en ce pays, c’est largement parce que la police officielle ne peut pas être partout et que pourtant pour compenser les gens n’ont pas le droit de s’organiser pour se défendre et dissuader les malfaiteurs en puissance. On pratique la dissuasion nucléaire dans le monde, mais en vrai nous subissons surtout celle des amendes.

Il se développe aussi parce que les gens sur le terrain n’ont pas le contrôle des populations qui viennent chez eux – mince, j’ai failli employer le terme d’invasion imposée, mais chut, il faut pas c’est pas bien. Soyons clair, il me semble évident que la grande majorité des étrangers sont potentiellement bienvenus chez nous, nous avons cette culture de la richesse des peuples et je suis un optimiste de l’autre, mais tout est dans le mot « potentiellement ».

Et ceux qui doivent pouvoir accepter ou pas un nouveau venu, ce doit être les gens qui vivent là où il se propose de demeurer. Ce n’est pas aux jacobins ni au préfet ni aux politiciens ni aux élus ni encore moins aux bureaucrates de décider qui mérite notre accueil, c’est à nous de décider. Les critères d’accueil ? Ceux que nous auront choisi, précisément. Il est temps de l’exiger.

Incapables

L’autre trait de ce nième carnage consiste à démontrer l’incapacité et l’incurie de la police en matière de prévention criminelle. Le fameux Fichier S – S comme secret, stupide, Stasi, serial qui leurre ? – montre que les questions de sécurité ne sont jamais des questions de fichiers, mais bien des questions de prise de décision et donc d’organisation. À quoi bon un fichier ou pas si de toute façon personne n’ose prendre les décisions qui vont de pair ?

L’autre scandale tient à la déresponsabilisation galopante et à l’irrespect d’autrui rendu comme référence culturelle. Je fais exprès de ne pas parler de religion car je pense que notre problème est bien plus global – et nous en parlons souvent dans ces colonnes. Nous sommes, à l’aune de mai 68+50, soumis à la dictature de la bien-pensance déresponsabilisante et du déni de la culture occidentale et du bon sens, et cela est bien plus grave. Je pense que Trèbes en est une manifestation de plus.

Trèbons

Il y eut pourtant du très bon dans cette affaire, et je me dois de conclure sur cette note positive.

Pendant que les fake news nous aspergeaient de trèberies, on a comme oublié – pas par hasard – le bordel du 22 mars. Oh certes, il va vite revenir et la CGT qui végète mais s’agite va s’agiter encore. Mais ça les remet en attendant à leur juste place de minables secondaires.

Et le Stéphane Poussier a bien choisi son moment pour ouvrir son caquet d’insoumis sans cervelle. Là aussi, on a pu apprécier la douceur de voir l’arroseur arrosé.

Voyons si tout ces drames dessinent une « belle trame » pour le printemps de la pensée du même nom.

 

Euclide