Migrer. Vers la liberté.

Régulièrement, au gré des élections et des « campagnes », les discussions entre « libéraux » pour savoir quel candidat soutenir les occupent au point d’oublier un des sujets les plus structurants de pratiquement tous les débats et tous les programmes électoraux se voulant libéraux : la transition vers une société de liberté, et les principes qui guident cette société et cette transition.

Cette question fut particulièrement d’actualité l’an dernier alors que Fillon plongeait et que Macron semait le flou et l’illusion, mais son importance dépasse la futilité des tourbillons électoralistes bassement politiciens.

Le sujet revient avec quelque acuité en ce printemps, celui des vagues « pensées », alors que le syndicalisme à la mode SNCF fait des siennes et que la question d’oser envisager la suppression du statut des cheminots, voire celui de tous les fonctionnaires, fait les unes.

Voyons plus précisément tout ce que cela signifie.

Virage ?

Montrer le chemin ? À droite ?

Progressifs, mais pas progressistes ?

Lorsque dans un programme politique on propose des mesures pleinement libérales, par exemple la suppression pure et simple et systématique du statut de fonctionnaire, beaucoup les critiquent pour être trop rudes, ou illusoires, et proposent plutôt une approche plus progressive, une « transition » par étapes vers la cible, plus douce, telle une approche où, pour commencer, seuls certains aspects ou certains bénéficiaires seraient touchés.

Ainsi ces soi-disant pragmatiques ou réalistes imaginent de proposer commencer par ne réviser le statut que des seuls postiers, puis plus tard celui des cheminots, et plus tard encore celui des personnels soignants. Ou que sais-je, tant les variantes abondent.

Le plus souvent, la crainte est celle des blocages sociaux. L’argument suprême en faveur de ce type de « transition » vue comme nécessaire serait que si l’on appliquait nos mesures sans aucune progressivité, nous aurions tôt fait de mettre durablement le peuple dans la rue et de provoquer un soulèvement social qui ne pourrait que nous nuire et nuire à l’ensemble du pays.

Car paraît-il la masse des gens, ou du moins la masse des activistes, auraient peur d’un changement trop brutal, ou y serait réticente, qui plus est en cas de changement libéral, et dès lors auraient vite fait de descendre dans la rue et de tout bloquer, comme nous le vivons en ce moment même et si souvent par le passé.

Ce qui montre au passage combien les « libéraux » craignent la rue, alors que s’ils étaient sûrs du message libéral, qui est le plus humaniste qui soit, ils n’auraient aucune peine à expliquer leur démarche et à affronter la foule. Lâches ou incompétents ?

Il n’est pourtant pas compliqué ni bien choquant d’oser dire à qui veut l’entendre et à commencer par la vaste majorité du peuple, qui subit, que les blocages des services publics sont injustifiables, sont de l’abus de pouvoir et d’une immoralité achevée. Et que la police devrait agir prestement pour rendre possible le retour au plein service normal aux usagers. Un peu de courage, que diable.

Bourrins

Le PMU de la SNCF, avec rien que des bourrins ?

Peur mauvaise conseillère

Ainsi, prendre cette peur comme prétexte me semble à plusieurs égards commettre une erreur politique profonde. La liberté est assez belle chose et assez légitime pour que dans le pays des Lumières nous exigions son retour sans plus tergiverser.

Plus souvent et plus nettement, nous devrions oser proposer des mesures à la fois radicales et sans « transition ».

Certes, il y a un peu de provocation dans mon propos, mais je vous invite néanmoins à considérer les arguments suivants, qui ne vont guère dans le sens du manque de courage des « transiteurs ».

Ne pas remettre à deux mains

Le premier argument contre toute forme de transition tient à l’inconstance politique. Si un jour un gouvernement étiqueté libéral arrive au pouvoir, il n’est pas assuré d’y rester éternellement, même si on peut espérer une meilleure satisfaction des électeurs.

Ainsi, sur l’exemple précédent du statut, si ces élus prennent leur temps, il est tout ce qu’il y a de possible qu’un pouvoir moins radical reprenne la main alors que le statut n’est pas encore pleinement réformé, et décide de faire marche arrière. Trois pas en avant, trois pas en arrière, on ne verrait jamais la cible atteinte.

Faire et des fers

Un autre argument considère la symétrie de la logique politicienne. Il consiste à remarquer que les politiciens passés ne se préoccupent jamais ou presque de transition dans la mise en œuvre de leurs mesures coercitives. Alors pourquoi quand on libéralise ?

Ainsi, quand une hausse de TVA est décidée, qui nous vole un peu plus dès sa mise en application, on ne nous propose jamais – ou si rarement – de ne l’exiger dans un premier temps que des fonctionnaires, ou que des agriculteurs – peu importe les catégories. La loi passe, et hop nous tombe sur le coin du baigneur.

Alors pourquoi faudrait-il soudain être gentil quand on supprime des privilèges alors que personne n’est gentil quand il s’agit d’accroître la part des fruits légitimes de notre travail qui nous est volée, ou la liste des privilégiés vivant à nos dépens ?

Biens mal acquis

Un peu dans la même veine, vient ensuite l’argument du juste retour des choses pour les profiteurs. Bien mal acquis profite toujours trop longtemps.

Encore sur l’exemple des fonctionnaires, mais il peut être généralisé à toutes les catégories qui profitent abusivement de la manne fiscale, il convient de rappeler que pendant toute cette longue période où leur statut aura été en vigueur, leur garantissant salaire, emploi, protection et retraite, ils ont pu profiter de conditions et de revenus qu’ils faut bien qualifier de privilèges.

Tant mieux pour eux, mais cela a ainsi largement payé en avance les difficultés qu’ils devront affronter une fois leur statut revenu à la normale. Autrement dit, pourquoi une transition quand on a profité pendant des années et que la réforme ne propose rien d’autre que vous mettre dans la même situation que tout le monde ? Il faudrait être gentils parce qu’ils sont habitués aux abus ?

Vite fait, bien fait

Vient enfin un argument d’ordre plus économique. Plus une mesure libérale est rapidement et largement appliquée, plus vite ses effets sont visibles et donc plus vite les sommes préalablement gaspillées reviennent sur le marché pour créer de nouvelles richesses. Autrement dit, toute transition ne fait que retarder et réduire ce phénomène, et rendre plus difficiles les choix de reconversions. Plus on va vite dans la libéralisation de la société, moins longtemps les gens ont à faire d’effort et à s’adapter.

Ainsi donc, les programmes libéraux les plus humains et humanistes ne sont pas ceux de ses mollassons qui imaginent des Liber ou autres revenus universels, ni ceux qui proposent de réduire la fiscalité par étapes sur des années.

Statut

Avec 69% favorable à l’abandon du statut : pourquoi ne pas aller plus loin ?

Les programmes les plus humanistes viennent des brutes radicales qui font exprès de ne pas prévoir de périodes de transition.

Ainsi en cette période de grèves, il n’y a rien à négocier avec les syndicats et il faut et il suffit de supprimer toutes les formes de monopoles, de manières à laisser le libre choix et la concurrence régler la question de manière naturelle : suppression de tous les monopoles de la SNCF et de ses machins périphériques, puis bascule de tous les contrats de travail des cheminots en CDD re-négociables au bout d’un an. (Ou autre formule plus subtile, je laisse les spécialistes affiner, l’idée de base est lancée.)

Vous n’y croyez pas ? Vous pensez qu’il faudrait expérimenter pour être sûr de la chose ? Très bien.

Et si on décentralisait la France, rendant ainsi leur autonomie à chaque département, ou ville, sans transition, pour voir ceux s’en sortiraient, ou pas ? On commence quand ?

 

Euclide