Discours Marquant

Quelques trois semaines avant les élections américaines de novembre 2020, Jeff Deist, Président du Mises Institute, a tenu un discours qui nous a semblé mériter une traduction, dans la mesure où le propos, quoique s’adressant à des Américains, nous semble transposable à notre réalité française.

Voici la seconde partie de ce discours, la première étant ici

Bonne lecture – Vu d’Ailleurs

Présenter la fracture

Alors la fracture que nous avons dans ce pays aujourd’hui n’est pas aussi simple que d’opposer états et comtés bleus et rouges, Républicains et Démocrates, progressistes et conservateurs, ni même par classe. C’est un peu plus compliqué que cela.

Il y a une entreprise appelée SurveyMonkey qui a repris beaucoup de données de l’élection de 2016 entre Hillary Clinton et Donald Trump. Et il y a eu un grand article du Washington Post qui utilisait cela et ils les ont regroupées de plusieurs façons très intéressantes. Et je me demande combien de gens dans cette salle étaient conscients de certaines de ces fractures dans la culture américaine. Ainsi, tristement, il y une immense fracture entre les lignes raciales parmi les schémas de votants.

Si seuls les blancs avaient voté à l’élection de 2016, Donald Trump aurait remporté 41 états. Et si seuls les non-blancs avaient voté, Hillary Clinton aurait remporté 47 états.

Alors je vois ceci en gros comme le témoignage de la capacité des Démocrates à vendre une sorte de victimisation malade, en dépendance, et à l’échec des Républicains à vendre un quelconque sentiment de possession ou de d’opportunité réel du capitalisme.

Mais néanmoins, c’est le fossé, il est réel.

Que dire des employés syndiqués ? Avec les seuls ménages syndiqués, en d’autres termes les ménages où un membre syndiqué a voté, Hillary Clinton aurait remporté 40 états. Sans aucun membre syndiqué, Donald Trump en aurait remporté 37.

Maintenant, si nous passons à la religion, les choses deviennent encore plus flagrantes. Que dire des ménages déclarant que leurs habitants sont soit athées, soit sans religion particulière ? Hillary Clinton aurait remporté 46 états, si seuls des gens non-religieux avaient voté. Que dire si des ménages se réclamant de confession protestante ou catholique avaient été les seuls votants ? Trump aurait gagné 45 états. Les seuls votants évangélistes : Trump aurait remporté 47 états.

WP Poll

Sondage du Washington Post avec SurveyMonkey.

Combler le fossé

Donc en parcourant ces chiffres, ce qui me frappe c’est que ces fossés sont terriblement difficiles à combler politiquement, je ne suis pas sûr de comment le faire.

Que dire des gens non mariés ? Hillary Clinton aurait gagné 39 états, si seuls les gens non mariés avaient voté. Trump aurait gagné 33 états si seuls les gens mariés avaient voté. Un autre fossé culturel, silencieux, dans ce pays.

Bon, on a entendu beaucoup de choses sur les électeurs urbains par rapports aux ruraux. C’est un thème qui revient encore et encore. Donc pour les besoins des données de SurveyMonkey, un comté urbain contient plus de 530 électeurs par mile carré [2,6 km2] et un comté rural contient moins de 90 électeurs par mile carré. Encore une fois, si seuls les comtés urbains votent : Hillary Clinton gagne 40 états. Si seuls les électeurs ruraux votent : Donald Trump remporte 47 états.

La dernière statistique que je vous jetterai à la figure concerne les ménages détenteurs d’armes. (Rires)

Je sais qu’aucun d’entre vous ne possède d’armes à feu, mais il y a des gens qui en possèdent. Ils les enferment et tirent juste sur les cerfs avec.

Ils n’ont pas d’Uzis ou quoi que ce soit dans ce genre, ni d’armes modifiées, et je sais qu’il n’y a pas d’armes dans cette salle aujourd’hui. (Rires)

Je me sens à l’aise de l’affirmer. Si seuls les ménages possédant des armes avaient voté, Donald Trump gagnerait 49 états. Devinez lequel il perd, OK ? (Rires)

Le seul qu’il perd est le Vermont de Bernie Sanders. Parce que je pense que là-haut vous avez un flingue de toute façon parce que vous êtes dans le Vermont, mais vous votez pour Bernie.

Donc si Hillary Clinton – si les ménages sans arme à feu de quelque sorte que ce soit avaient été les seuls votants en Amérique, Hillary Clinton gagne aussi 49 états. Et devinez lequel elle perd ? La Virginie Occidentale. Une autre anomalie.

La ligne Maginot Mason-Dixon

Le fait est que ce genre de divisions et de problèmes ne peut être résolu par la politique, en particulier la politique nationale. Et si l’on y réfléchit, ils ne se séparent pas de façon nette selon des zones géographiques. Ce n’est pas la ligne Mason-Dixon, [frontière linéaire entre 4 états de Nlle Angleterre, symbole de la séparation Nord vs Sud] ce genre de division existe au sein de chaque État, elles existent au sein des comtés.

Si vous allez en Californie, que nous considérons tous comme un État profondément Démocrate, et que vous allez 30 km à l’intérieur des terres, vous savez ce que c’est ? C’est les drapeaux Trump, la musique country et les rancheros mexicains. Voilà ce que c’est.

Bon, nous n’avons pas la ligne Mason-Dixon en Amérique en 2020. [C-à-d la séparation n’est pas si nette.] Et surtout, ce que nous devons comprendre, c’est que même si on pouvait gagner une élection nationale, qu’on pouvait d’une certaine manière amener 51% des électeurs à voter pour, je ne sais pas, un candidat tel que Rand Paul, ou équivalent, cela n’aurait pas vraiment d’importance parce que les cœurs et les esprits n’ont pas changé, et que les gens politiquement vaincus ne disparaissent jamais vraiment.

être en rupture

Voici ce que nous devons comprendre. Voici pourquoi nous devons être en rupture.

Bon, il y a quelques années, Bloomberg fit des sondages dans l’ancienne Union soviétique, aujourd’hui la Russie. Il y a des millions de Russes, en particulier des Russes âgés, qui ont encore une nostalgie absolue de l’époque soviétique. Quand ils savaient quel était leur travail, qu’ils n’avaient pas à payer leur appartement, etc. 70 % des habitants de l’ancienne Union soviétique, aujourd’hui Russie, ont une vue globalement positive de Staline.

En 2019, bon, ils le voient comme le grand réformateur, qui a aidé à protéger leur pays des Nazis, etc. En d’autres termes, malgré tous les exemples historiques que le XXème siècle nous a donnés, malgré la chute et l’effondrement de l’Union Soviétique, malgré tous les avantages évidents du capitalisme, il existe encore un volume significatif de nostalgie pour le vieux système. Les gens politiquement vaincus ne disparaissent pas, voilà.

Et les soutiens d’Hillary Clinton pensaient que les « déplorables » allaient justement faire cela, disparaître. Ils les pensaient mourants, qu’ils vieillissaient, et ils pensaient qu’ils étaient moins nombreux qu’ils l’étaient. Et c’est ce qui arriva en 2016, et cela a projeté le pays en gros dans une sorte de psychose dont nous souffrons encore aujourd’hui.

Je sais que cela semble difficile, je le sais parce que le concept de décentralisation en est un évident et clair pour vous tous, je sais que la sécession semble une voie difficile, mais je voulais juste vous rappeler quelques faits heureux.

Sécession

Eclatement possible des Etats-Unis ?

Poussées décentralisatrices

Des choses se passent, lentement, juste sous notre nez, des poussées très décentralisatrices qui sont à l’œuvre. Et bien sûr elles ont été absolument intensifiées par le problème du Covid et par ces terribles émeutes qui ont éclaté à travers les États-Unis cet été et désormais jusqu’à l’automne, et comme cela s’avère, toutes les crises sont locales.

Et qu’est-ce que je veux dire par là ? Eh bien, une belle chose chez le Covid c’est qu’il a encore entamé en quelque sorte notre crédulité envers ces soi-disant autorités; ni l’ONU, ni l’OMS, ni notre propre CDC (Center for Disease Control) ne sont parvenus à projeter une vague image d’autorité chez les gens. Ils n’ont pas su arriver au consensus.

Et par suite, on a eu des approches très différentes de Covid, au-delà des frontières internationales, et même au sein de nos 50 États, et même au sein de certains États, dans diverses villes. On a eu cette approche très décentralisée du Covid, aucune autorité centrale n’a été en mesure de la saisir, de mener tout le monde et de dire à chacun ce qu’il devait faire.

Bien sûr, des déversoirs comme le New York Times ont essayé de le faire, mais ce n’est qu’aux États-Unis. C’est donc absolument fascinant d’observer comment des endroits comme Singapour, Hong Kong et la Suède ont été relativement ouverts et des endroits comme « Shengwang », excusez-moi, la province chinoise où cela s’est produit (qui) était, vous savez, radicalement confinée, certains endroits comme San Francisco étaient radicalement confinés, ici, donc il y a eu des approches différentes dans cet effort décentralisé.

Un Français est un Français

Et rien de tout cela n’est dû au fait que les gens se sont réveillés un jour et ont dit idéologiquement : « wow peut-être devrions-nous essayer une approche plus décentralisée » ; non, c’est juste ce qui arrive naturellement lors de crises. En fait, même le fameux accord sur l’espace Schengen en Europe, qui permet la libre circulation entre les pays membres, s’est soudainement effondré. Un Allemand est un Allemand à nouveau. Un Français est un Français, et vous ne pouvez même plus traverser en voiture.

Qui l’aurait cru ? Pour autant que je sache, je ne pense toujours pas que les Américains puissent conduire ou prendre l’avion pour le Canada, à cet instant. Au moment même où nous parlons, avec là-haut cette administration Trudeau, soi-disant libérale.

Il s’avère donc que lorsqu’on en arrive à une crise, vous savez, les choses deviennent vraiment locales, très très vite. Je veux dire, après tout, peu importe qui vous êtes, même si vous êtes Bill Gates, et que vous pouvez acheter, disons, dix maisons de vacances et aller en Nouvelle-Zélande sur votre yacht ou autre, il vous faut être là physiquement, il vous faut exister dans un monde analogique et cela signifie que vous avez besoin de calories, vous avez besoin de kilowatts d’énergie, et de l’air climatisé dans votre maison ou votre bateau, vous pouvez avoir besoin de certains soins de santé, de certains médicaments sur ordonnance, et tout cela devient inévitable.

En cas de crise, il vous faut être quelque part et même Jeff Bezos eut un groupe de manifestants rassemblés autour de sa maison, sa maison tape-à-l’œil à Washington. Je ne sais pas s’il y était à ce moment-là, mais même si l’idée est que Jeff Bezos pourrait être maintenu dans sa maison par une foule à laquelle on ne peut échapper…

Alors toute cette idée que nous avions, que nous étions désormais dans cette sorte de nouveau plan mondial heureux, eh bien nous sommes cruellement mis à l’épreuve je pense par le Covid et je pense que l’idée du mondialisme politique, le mauvais genre de mondialisme, se révèle sous tension, je pense qu’elle se fissure gravement.

 

À suivre…