Deux morales différentes

Régulièrement, la confusion entre le libertaire, autrement dit « anarcho-communiste », et le libertarien, lui-même autrement dit « anarcho-capitaliste », est réalisée, soit volontairement pour nuire, soit par ignorance. Les traducteurs du terme « libertarian » en « libertaire » n’aident pas non plus à la compréhension des non-initiés. À partir de là, certains imaginent un rapprochement possible entre ces deux mouvements.

Or prendre une telle hypothèse, c’est faire l’amalgame entre blanc et noir, tellement tout oppose ceux qui se reconnaissent soit en l’un, soit en l’autre. Le noir et le blanc font certes partie de la palette des couleurs, mais vous ne pouvez pas leur faire exprimer la même chose, quoique vous fassiez. Ainsi, ce n’est pas parce l’idée d’anarchie paraît être le point commun, que cela signifie qu’il existe la moindre éventualité d’accord, tellement les bases juridiques sont antinomiques. Essayons de comprendre pourquoi ces morales politiques resteront à jamais séparées.

Libertaires

Libertaires, probablement ? Allez savoir…

L’anarchie ne s’imposera pas par le pouvoir

Tout d’abord sur l’appréhension du concept d’anarchie. Le libertaire, sous des aspects de pacifisme déclaré, veut imposer son modèle d’anarchie à tous : mais est-il possible de vouloir arriver à un objectif par l’utilisation de moyens contraires ? Ainsi comment peut-on se prétendre pacifique et utiliser la violence pour arriver à ses fins ? Imposer une idéologie à des êtres humains qui pensent qu’elle est contraire à leurs intérêts n’est autre que de la violence.

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Anarcho-communisme…

Or vouloir vivre dans une société sans autorité, ne peut se faire en installant un pouvoir, donc une autorité, pour obliger autrui. C’est sombrer dans l’abus de pouvoir en faisant prendre des vessies pour des lanternes. L’anarchie, qui est pour beaucoup une société utopique, ne se décrétera jamais. Ceux qui promettent de l’atteindre par le pouvoir sont des illusionnistes et surtout des usurpateurs de pouvoir. Ils ne sont que des dictateurs en herbe : le communisme est du scientisme et l’anarcho-communisme un non-sens juridique et par voie de conséquence, un non-sens économique.

Est-il besoin de rappeler l’immense oeuvre de Ludwig Von Mises qui a démontré rigoureusement que tout socialisme ne peut être qu’un échec (cf. « Socialism: An Economic and Sociological Analysis ») ? Toute pratique a en plus toujours vérifié la théorie énoncée. Preuve une fois de plus que la manipulation des foules à bien du mal à rencontrer la science.

À tout détracteur, il est à voir l’anarchie comme un très haut niveau de développement intellectuel et moral de la société qui nécessite des êtres humains disposant eux-mêmes d’un haut niveau d’éducation à l’autonomie. Ceux qui sont dans le dénigrement de l’idée même d’anarchie ou du terme « capitalisme » le sont souvent dans la peur d’affronter la réalité de la vie humaine. Ils reprennent en chœur le fait qu’une telle société est composé de « sales » individualistes et égoïstes, sans définir ce que seraient les « propres ».

Mais l’état français actuel, qui dans les faits n’a jamais autant spolié d’argent au privé, aurait-il engendré une société composée d’êtres humains devenus par miracle « altruistes » dans laquelle la notion de pauvreté n’est plus ressentie comme telle ? À quel niveau de prélèvements faudra-t-il arriver pour comprendre que le socialisme (c’est-à-dire le prélèvement arbitraire d’argent et une non moins arbitraire redistribution d’argent par une autorité « étatique ») conduit systématiquement à l’échec ? Cela a été scientifiquement démontré (cf. le paragraphe précédent).

Socialisme

Socialisme, Ludwig von Mises, chez Institut Coppet.

Ludwig Von Mises (ou plutôt ses disciples, dont je fais partie) attend toujours une réfutation avec juste rigueur épistémologique de son œuvre, et surtout sa muse en application pratique de manière durable. Et ce n’est sûrement pas en maintenant une fiscalité toujours plus confiscatoire ou une législation pléthorique qu’il y aura un changement à la faillite juridique, morale, sociale et économique des peuples qui s’évertuent à poursuivre dans cette voie. La « solidarité imposée » au prétexte qu’il y aurait des pauvres est une croyance, pas de la science, et en pratique, il n’y a pas de miracles. Les pauvres ont-ils disparu ? Si votre voiture est en panne, vous pouvez croire qu’en allant brûler des cierges la panne va disparaître, mais votre voiture ne roulera pas mieux pour autant !

Ne pas se laisser marcher dessus

Ainsi juridiquement, tout état se comporte de manière liberticide plutôt qu’en émancipateur, que le pouvoir en place soit religieux, dictatorial, démocratique ou républicain. Jouer sur les peurs individuelles plutôt que d’éduquer les individus permet de mieux les enfermer dans un asservissement à la cause du moment que le pouvoir prétend servir. Le pouvoir politique se comporte avec son peuple comme des parents avec leurs enfants. Cependant l’état, comme toute religion, est un parent bien irresponsable car derrière lui se cache… des êtres humains qui n’ont pas plus de vertus que ceux qui composent le peuple.

Il ne vous a pas échappé que les états n’ont jamais de mal à lever des fonds pour faire la guerre, et que les états entre eux ne manquent jamais de se donner des leçons de morale ! Les individus peuvent-ils vivre en sécurité lorsque ceux qui sont censés être l’autorité préparant la guerre ? Rien que sur de tels comportements, on peut constater que la morale étatique ne vaut pas mieux que la morale individuelle. Alors penser qu’il sera possible d’imposer collectivement l’anarchie (donc sans autorité supérieure) pour asseoir l’autorité individuelle est d’une moralité doublement douteuse.

Pour poursuivre sur ce chapitre de la sécurité, le libertaire est un pacifique béat qui refuse naïvement toute idée d’armes. Le libertarien est un pacifique qui n’ignore pas la réalité humaine du groupe, et se comportera comme le serpent, c’est-à-dire qu’il sera toujours dans une position exclusive de défense. « Don’t tread on me » est la devise libertarienne qui se trouve sur le gadsden flag signifiant « ne me marchez pas dessus ». Chacun comprendra l’allusion. Ainsi pour un libertarien, les armes sont à utiliser pour faire face à la tyrannie du pouvoir, quel qu’il soit, car tout pouvoir doit respecter, au même titre que tout individu, le Droit Naturel.

Or le libertaire ne reconnaît pas le Droit Naturel. Il s’imagine que la liberté consiste à partager tout ce qu’on possède, ou plutôt que tout appartient à tout le monde. Il nie en fait la notion de propriété, et donc l’économie qui résulte des échanges entre individus. Est-ce une caricature que de dire qu’un libertaire a comme formulation « ce qui est à toi est à moi » en prétendant bien naïvement à la propriété collective ? En refusant l’économie, le libertaire nie la coopération volontaire entre individus, et les niveaux d’utilité et d’efforts qui existent au sein de la société des êtres humains. Le libertaire s’imagine que ce que l’homme produit sur cette planète existe en quantité infinie avec une valeur égale à zéro. Le libertaire nie, de ce fait, que la production nécessite un travail, donc des efforts (ou un savoir) et que l’utilité des productions est ce qui donne de la valeur aux choses et que cette valeur ne peut être que subjective.

Locke

John Locke & Le Droit Naturel.

Le libertarien, au contraire, possède une approche praxéologique de la propriété : en tant qu’être humain, je suis, donc je m’appartiens, et l’objet de mes efforts n’appartient qu’à moi, via mon libre arbitre. D’où la notion de propriété qui prend son origine dans la propriété de soi-même. Avec la relation à autrui naît l’échange du produit de ses efforts et la science économique (science de l’échange entre les êtres humains). Aussi quiconque, seul ou en groupe, utilise la force pour spolier quelque chose issu des efforts d’un individu, donc sa propriété, sans son consentement, commet un abus de pouvoir contraire au Droit Naturel.

Il est légitime que la force se retourne contre cette action. Or le fonctionnement de l’état ne permet pas ce retournement, et tout état est sujet à engendrer le totalitarisme où chacun se prend à l’utiliser pour imposer sa vision par une légalité d’un droit positif qui se moque de la légitimité du Droit Naturel.

La nature des choses, seul guide juridique commun aux hommes

À ce stade, nous avons largement compris que l’anarchie ne s’imposera pas par un quelconque pouvoir, tout comme le capitalisme. Elle est dans la nature des choses. Seuls les assoiffés du pouvoir, qu’ils s’appellent communistes, socialistes, nationalistes, démocrates, républicains etc… à l’instar des anticapitalistes, sont les vrais utopistes d’une cause qui engendre le malheur des hommes : leurs idéologies naissent, se propagent et se terminent toujours dans la violence parce qu’elles n’admettent pas la réalité de l’individu – donc unique, de sa naissance à sa mort – et de son consentement à la relation sociale avec autrui.

Le libertaire s’imagine qu’il peut imposer son concept de liberté sans limite en société comme s’il était Robinson sur son île. Or la société humaine est faite d’êtres humains dont le seul intérêt commun est de vivre dans le cadre juridique du Droit Naturel. Toute organisation sociale doit respecter ce Droit en laissant faire les individus tant qu’ils restent dans la coopération et le consentement, a contrario des organisations actuelles qui utilisent la contrainte et l’abus de pouvoir, et qui ne récoltent que la violence physique et morale.

S’il y a quelque chose à limiter, ce n’est donc pas la Liberté, mais bien l’abus de pouvoir, qui ne peut être confondu juridiquement par un prétendu « abus de liberté ».

 

Bellegarrigue