Rester z’à distance

En cette période pré-cinquantenaire d’un mai qui aura causé bien plus de soixante fuites parmi nos vraies élites, l’état nous expose combien il peut être gracile et immensément efficace à travers trois grands spectacles que la saison culturelle nous donne lieu d’apprécier en même temps, je pense bien sûr à la splendide grève chez la SNCF, aux universités – qu’on aimerait moins proches des univers cités – et aux zadistes devenus fous du nantais, au lieu-dit « NDDL ».

On laissera chelous minots, euh, les cheminots z’et z’étudiants pour nous concentrer sur le beau spectacle à ciel ouvert de la ZAD.

Bûcher ?

Feu de joie aux environs de « NDDL » ?

Pour résumer les épisodes précédents, ce fier gouvernement avait d’abord commencé par annoncer qu’il ferait vaillamment un nouvel aéroport. Puis il a annoncé avec force et conviction que, finalement, non. Car vous comprenez, les terrains avaient déjà été pris par une foule de guignols nourris au RSA et autres recels de nos impôts qui voulaient construire Zadisgrad. Alors ça devenait compliqué de construire une piste pour les zavions là où grouillaient un bain d’inculture issu de rejetons de soixante-huitards. Et finalement, un poil de testostérone revenu à Maquignon grâce aux grèves et aux zétudiants, voilà que la charge est sonnée cette semaine – mais après l’échéance annoncée, je vous rassure.

Bon. À l’heure où je rédige, les forceps de l’ordre ont du mal à sévir et on leur a commandé de rester z’à distance.

Un grand spectacle, je vous disais. À mon avis, les petits-enfants de Steven Spielberg en feront une trilogie en Technicolor. J’imagine déjà le titre phare : « Les révoltés du Flamby ». Ou, plus viril : « La contre-attaque, en pire ». J’aime aussi : « L’eau rance m’a ravie ». Ou peut-être « Tracteur, j’y va ? Go! ». Va savoir.

Antipov

Pavel Antipov : Fils de cheminot, puis général révolutionnaire – « Docteur Jivago ».

Terre de vols / Vol de terres

Mais recentrons-nous sur ce qui motive ce billet.

J’avais déjà évoqué dans ces colonnes que bien avant toutes ces aventures, précisément en vue de bâtir sous nos yeux écarquillés un splendide terrain de jeu pour aéronefs, l’état et ses collectivités vassales avait laborieusement et pendant des décennies exproprié méticuleusement tous les propriétaires des lieux – pour une large part des agriculteurs, mais peu importe, vraiment.

Imaginons, soyons fous, que l’état finisse par déloger la bande de profiteurs de l’injustice sociale et que cet été, il se retrouve avec les terrains à nouveau vierges. Vierges et cette fois vierges de tout objectif aéroportuaire.

Bon, d’accord, ils sont encore capables là-haut de changer à nouveau de cap et de relancer le projet d’aéroport, par exemple sous la pression de Vivaldi qui n’a guère apprécié la manœuvre l’an dernier. Mais c’est pas sûr, tant ils sont capables de tout.

Donc, supposons, et nous voilà Premier sinistre avec le bocage nantais sur les bras. Que faire, que faire, je vous le demande ?

Justice sociale, t’en veux ?

La réponse qui serait juste et qui pour une fois honorerait celui qui prendrait cette décision est très simple : rendre et dédommager.

Rendre les terrains à leurs anciens propriétaires privés, auxquels ils ont été volés. Et les dédommager au moins en partie pour le tort causé, pour le capital perdu, pour les rapports qu’ils n’ont pu en tirer. Voilà ce qui serait juste, une vraie justice sociale.

Ah et je précise : pour que ce soit vraiment juste, il faudrait que les dédommagements soient financés par ceux qui ont signé les expropriations, histoire de bien marquer à ces ordures que ce serait bien qu’ils ne recommencent jamais de telles ignominies.

Mais je vous rassure, cela ferait un précédent et une jurisprudence majeure qui ne risque donc pas d’arriver. Non, un vrai politicien ne fera pas ça, ce serait trop honnête. Il faut chercher quelque chose de plus tordu.

Le donner ou le vendre à Vivaldi, peut-être ? Ou en faire une zone d’expérimentation de sociétés alternatives ? Je prends les paris. Et vous, qu’imaginez-vous ?

 

Euclide